samedi 8 mars 2014

L'homme, cet animal qui se la pète


La philosophie déterministe initiée par Newton au 17ème siècle avec aurait scellé la mort de Dieu dans la philosophie des sciences de la nature. C'est ainsi que peu après, Laplace aurait répondu à Bonaparte qui l'aurait interrogé sur Dieu: "Citoyen, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse".

En biologie, cette "hypothèse" renaît au 18ème siècle avec le vitalisme qui prétend que seul un principe vital supérieur peut expliquer l'évolution des êtres vivants.
Mais elle sera réfutée par Charles Darwin en 1859 dans son livre "de l'origine des espèces" et cette réfutation s'étoffera via la recherche génétique qui donnera une suite mécaniste et déterministe à la théorie de l'évolution, pour culminer dans les années 1970 avec le livre de Jacques Monod: "Le hasard et la nécessité" (voir cet article précédent),
Dans la conception déterministe de Monod, notre autonomie ne serait qu'illusion car nous serions la réalisation d'un programme ADN prédéterminé. Ce déterminisme génétique des années 1970 est l'objet du principal programme réductionniste en biologie: le décodage du génome humain.


Or nous avons vu avec l'auto-organisation, que le déterminisme classique n'est pas un modèle satisfaisant en biologie, car on voit qu'on a besoin, pour décrire le vivant, d'un paradigme scientifique qui prenne en compte les systèmes complexes non-intégrables, chaotiques, non linéaires et non déterministes où le bruit, les perturbations, les aléas, les erreurs et d'infimes modifications des conditions aux points de bifurcation modifient tout l'avenir des systèmes dynamiques en rendant les prévisions plus probabilistes que déterministes.

La théorie de Darwin ne met pas seulement fin à la nécessité d'un principe vital supérieur et finaliste pour expliquer l'évolution du Vivant, elle remet également en cause la place de l'Homme (avec un grand "H") dans le cosmos. Alors que Monod concluait que nous autres, êtres vivants, serions les produits du seul hasard, perdus à la dérive dans l'immensité de l'univers, Henri Atlan propose une autre vision en explicitant des mécanismes d'auto-organisation autrefois rejetés comme étant la "part animale" de l'Homme (L'inconscient).
Alors que la génétique mécaniste et déterministe des années 1970 excluait l'homme de l'univers, la biologie moderne replace l'homme au sein du règne animal, non plus en tant que résultat ultime de l'évolution mais en tant que simple partie prenante à un écosystème dynamique et merveilleusement complexe.

Poincaré avait mis en évidence les hypothèses sur lesquelles reposaient toute la science classique: Ces hypothèses étaient les suivantes:
- On peut réduire un système à la somme de ses composants (réductionnisme)
- On suppose que 2 événements suffisamment séparés dans le temps n'ont pas d'influence l'un sur l'autre
- On suppose qu'il n'y a pas d'interactions entre des éléments à grande distance



Aujourd'hui, on voit que dans le monde quantique (voir paradoxe EPR) mais aussi et surtout à la jointure de la physique et de la biologie, ces hypothèses doivent être remises en cause au profit d'un nouveau paradigme et de nouvelles hypothèses:
Ni les systèmes biologiques, ni même des systèmes physiques, même simples ne peuvent être réduit à la somme des leurs composants. Les systèmes complexes ont une histoire et pour des systèmes biologiques auto-organisés, cette histoire alimente leur mémoire, c'est à dire leur expérience. De plus, les constituants élémentaires de ces systèmes peuvent agir de manière coordonnée en faisant émerger du sens au niveau global d'organisation d'un système.

Ce nouveau paradigme met également fin à la prééminence de la conscience-volontaire sur le processus inconscient auto-organisateur.
L'idée de l'Homme en tant que système fermé, modèle prédominant dans la science et la culture occidentale, où l'homme domine son environnement est totalement remis en cause par ces découvertes.
Avec la théorie de l'augmentation de la complexité par le bruit, Atlan entame une nouvelle révolution copernicienne, et montre que notre environnement agit en nous au moins autant que nous agissons sur lui et c'est cette interactivité avec notre écosystème qui fait de ce monde un monde évolutif et générateur de nouveauté...

Sources:
"Le cristal et la fumée" - Henri Atlan
"Le vivant post-génomique ou qu'est-ce que l'auto-organisation" - Henri Atlan
"Le hasard et la nécessité" - Jacques Monod
"Les lois du chaos" - Ilia Progogine

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire